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Fantômes de corsairesIl est là, dehors. Peut-être même est-il déjà dedans. Qui sait ? Il est en partie dans les cartons du gouvernement, il est déjà répandu dans le système depuis un bon bout de temps. Si jadis l’on tremblait devant pirates et corsaires, leurs successeurs du jour n’ont rien perdu de leur sournoiserie. Certains ont vaguement conscience de leur présence au sein de l’immensité de l’Internet infini. Mais qui, vraiment, s’en soucie ? Tels des monte-en-l’air, ils s’immiscent dans les systèmes anonymes et farfouillent. Vos données sont leurs. Conversations, historique, mots de passe, qualité de la connexion Internet… les possibilités sont nombreuses. Vous, vous ne vous préoccupez que de voir la page de Google se charger aussi vite qu’à l’accoutumée. Si la diode électroluminescente témoignant de l’activité du disque dur s’affole un peu plus que d’habitude, c’est sans doute une de ces dizaines de mises à jour automatiquement téléchargées par votre navigateur Internet, votre lecteur multimédia, votre lecteur de fichiers PDF, votre agenda ou que sais-je. Vous, vous saisissez quelques mots qui s’engouffrent dans un flux mystique duquel émerge du contenu. Pourquoi s’en faire ? À tout le moins, je suis anonyme. Je suis un parmi plus d’un milliard. N’est-ce pas une protection suffisante contre l’intrusion dans ma vie privée ? Oh, il ne fait pas de doute que ce cambrioleur d’un nouveau genre ne cherche pas les derniers potins. La probabilité est faible, en effet, que vous soyez la cible d’une attaque nommée. Non, nul n’est besoin de cela dans le système. Ils n’ont pas un bâtiment à entretenir contre la corrosion du sel et les boulets de canon. Ils attaquent à tout va, même ce qui n’existe pas. Et si, dans leurs grands filets qui ratissent le système, sont prises quelques proies, cela leur donne de nouveaux esclaves. Car c’est, en effet, cet ancien mode d’asservissement qui présente le plus d’intérêt. Extraire vos mots de passe ou d’autres informations spécifiques demande une plus grande capacité d’analyse. Et ne serait-il pas difficile de rentabiliser un tel investissement au jour où les moteurs de recherche disposent déjà de toutes les données légalement ? Non, bien sûr, ce n’est que paranoïa déplacée. Pour sûr ! Certainement ! Sans le moindre doute ! Le genre humain n’est-il pas bonté et altruisme ? Bref, ces esclaves, qui se comptent par centaines de milliers, sont une ressource d’intérêt. S’ils ont un problème à résoudre, une clef à briser, quoi de plus utile que de pouvoir découper la tâche en tant de petites mains anonymes qui, ne connaissant qu’une partie du problème, ne peuvent point se retourner contre eux ? S’ils ont une cible à neutraliser, quoi de mieux qu’une dizaine de milliers de systèmes légitimes, répartis autour du globe, pour saturer ses capacités ? Quoi de plus confortable, en somme, de faire faire la guerre par les autres en restant dans la cabine de commandement, sans risque pour son bâtiment ? Foutaises ! Illusions ! Fantasmes ! L’informatique n’est-elle pas pure et vierge, ne saurait-elle être transformée en arme ? Bah ! Et puis que puis-je y faire, moi ? J’ai déjà installé un pare-feu qui râle tout le temps, faut-il que je fasse porter une cotte de mailles à mon dispositif de connexion ? Ah oui, c’est exact. Vous, vous ne semblez que pouvoir subir. Un antivirus ? Comme les antibiotiques, ils ne font que de la guérison après que les troubles se soient déclarés. Allons, bon ! si tout le monde ne pouvait que subir, n’aurions-nous pas pour le Comte de Paris un plus grand rôle qu’il n’en a aujourd’hui ? Mais le miracle, hélas, ne saurait venir de moi. La maîtrise de la sphère applicative n’a pas encore été rendue aisée aux néophytes. Peut-être l’avenir comblera cette faille. En ce cas, ce sera au nom de la science et non de l’État. Comments are closed. |
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