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Qui suis-je ici et là ?« Qui suis-je ? » Ce questionnement philosophique est digne de votre attention. Mais ici, nous allons nous concentrer sur les traits liés au système. Qui êtes-vous ici, dans cette immensité virtuelle ? Êtes-vous unique ou multiple ? Jusque récemment, l’Internet était une sphère immatérielle souvent indépendante de la réalité, en ce qui concernait les relations entre gens. À cette époque, il n’était pas question de fournir votre nom véritable à votre machine. Il n’était pas question, non plus, de télécharger des vidéos. Les pages Internet n’étaient pas obstruées par des publicités intrusives : on se contentait de bandeaux sur lesquelles les images se succédaient sans cabrioles. À cette époque, chacun choisissait un pseudonyme derrière lequel il construisait un personnage. Peut-être était-ce lui dans son entièreté. Peut-être était-ce lui sans les défauts qu’il ne voulait pas afficher. Peut-être était-ce un personnage créé de toutes pièces. En fait, l’Internet était un vaste théâtre. Il n’était pas possible de savoir qui se cachait derrière l’écran. On n’avait pas de cybercaméra. Peu de gens diffusaient leurs photos. Votre seule représentation transpirait à travers votre langage, vos réactions sur les systèmes de messagerie instantanée, vos idées exprimées dans vos courriels et sur les forums. Aussi, chacun devait se forger sa propre opinion de ce que vous étiez. En bref, à cette époque, la relation entre internautes était parsemée de doute et exigeait du recul. Mais, à la différence d’aujourd’hui, ce recul était intuitif et s’exerçait naturellement, car, jamais vous ne voyiez le patronyme véritable de votre interlocuteur. Le temps aidant, les usages ont évolué. La prolifération de lignes à haut, voire très haut, débit permet l’échange de fichiers multimédia. On a fait d’Internet une extension de la société. Raconter sa journée, partager ses photos entre amis, organiser ses sorties à l’aide des réseaux sociaux, consulter les sites de commerce ou d’information… Ce qui se faisait hier lors d’une ballade dans la ville et dans les salons s’est mué en une cohue de bits transportés sur le réseau. Et, avec l’arrivée des nouveaux terminaux téléphoniques, c’est désormais dans votre poche que se trouve votre lien avec le système. Cet Internet-là a été conquis par une nouvelle génération d’utilisateurs. Ils y ont débarqué à travers des interfaces riches, de plus en plus conviviales, et se sont lancés dans leur usage avec l’innocence des jeunes enfants. Mais voilà, derrière l’enfant se trouve normalement le parent qui sait poser les bornes pour prémunir sa progéniture des dangers trop grands. Qu’en est-il dans votre cas ? Aussi simplement que s’il s’agissait des usages anciens, l’internaute a commencé à mettre son véritable patronyme dans les cases nom et prénoms. Il y aura renseigné sa vraie date de naissance et sa ville de résidence. Il n’y a pas si longtemps que cela, ç’aurait été déraison. Nul ne remplissait ces champs par autre chose que leur pseudonyme. C’est à compter de ce moment que deux franges coexistent. Se trouvent désormais, d’une part, ceux qui protègent leur identité et, d’autre part, ceux qui pensent annexer le système à leur train-train quotidien. C’est l’usage ! Qui va contre l’usage est ringard, dépassé et devrait se décomplexer ! Eh bien, laissez-moi vous exprimer dans ce qui suit ce que je pense de l’usage. Quelle est la différence entre votre salon et votre espace Twitter ? Dans le premier, qui veut récolter des informations sur vous doit tendre l’oreille et se tenir non loin; dans le second, il lui suffit de lire. Quelle est la différence entre votre courrier postal et votre courrier électronique ? Pour le premier, vous le glissez dans une enveloppe, car vous ne voulez pas que le facteur du coin connaisse votre vie; pour le second, à moins que vous ne chiffriez le contenu, cela revient à se promener avec une pancarte détaillant en grosses lettres ce qui y est écrit. Quelle différence entre votre album de photos que vous donnez à vos amis et votre galerie sur Picasa ? Dans un cas, il fait le tour de la table tandis que dans l’autre il fait le tour du monde. Enfin, le plus important relève dans le contrôle de votre image : tout ce que vous publiez sur l’Internet entre dans la sphère publique, devient d’information courante et peut être utilisé sans vous demander votre avis. Vous êtes reconnu comme ayant exercé votre droit à l’image à compter de la publication et ne pouvez opposer ce droit à quiconque exploitera un tel contenu. Pire, ce qui est publié sur l’Internet est très difficilement supprimable avec tous les robots qui indexent le contenu de la Toile en permanence (pensez au cache de Google, et ce n’est qu’un exemple). Souvenez-vous de cet aphorisme : « la publication sur Internet est par simplicité dispensée du dépôt légal » : celui-ci est effectué automatiquement par des machines. En effet, vous êtes assujettis à ce dépôt légal que la Bibilothèque Nationale de France automatise selon ses critères pour conservation historique. Et, à l’heure actuelle, vous n’avez pas de droit de retrait vis-à-vis de son contenu. D’un autre côté, il y a, çà et là, ces irréductibles qui ont connu l’évolution. Ceux-là ne communiquent leur véritable identité qu’aux marchands avec qui ils traitent ainsi qu’à leurs intimes amis. Ceux-là saisissent bien rarement leur véritable date de naissance. Ils disposent souvent de plusieurs adresses de messagerie qu’ils dédient chacune à un usage différent en fonction de la confiance que leur inspirent ceux qui leur demandent leur adresse. Ceux-là, confrontés à une application de nouvelle génération, vont chercher les options qui permettent de restreindre la diffusion du contenu à ceux avec lesquels ils désirent communiquer. Ceux-là, enfin, respectent cet adage : « le facultatif n’est renseigné que s’il sert mes intérêts ». Donner votre patronyme, c’est souvent facultatif. De plus, à chaque site, à chaque processus d’authentification distinct, ceux-là n’hésitent pas à forger un nouveau pseudonyme, une nouvelle identité, autant pour brouiller les traces que pour limiter l’étendue des effets collatéraux en cas de gaffe. En effet, s’il est aisé d’abandonner un pseudonyme, il n’en va pas de même de votre patronyme. À bon entendeur ! Comments are closed. |
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